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 Brebis comptées, le loup mange...

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Gypsie

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Date d'inscription : 06/06/2006

MessageSujet: Brebis comptées, le loup mange...   Dim 7 Déc - 0:49

Finam a écrit:
[Sylve évanescente, quelque part en Bourbonnais.]


    -"Ah! Pauvre misérable,
    De tirer par la queue le diable;
    Me v'la bien récompensé,
    D'un Pet qu'il m'a octroyé.
    Au prévôt qui chasse mes fesses
    Je lègue cette Vesse,
    Et foule son autorité,
    D'un joyeux pied de nez...

    Ah! Pauv..."
    -Ferme-la.
    -Vot' serviteur, M'sire.


L'orient se barbouillait de rose et, là-haut, une demi-lune lorgnait deux lurons des plus pingres derrière la fuite éperdue de nuages bas, et ternes. L'aube fleurait la pluie, mais aucune goutte ne tombait encore. Là, les drilles se tenaient autour de ce qui était la veille encore un feu, foyer de cendres et de bois décrépit à présent.
Chacun emmitouflé comme faire se peut en une longue et large cape -au demeurant sombre, éraflée ça et là. L'un allongé à même la terre, l'autre un peu plus près du Très-Haut, perché en son arbre. De la cime des arbres, ce dernier avait entonné une chanson des plus "suaves", ouïe en quelque château poitevin quelques mois plus tôt, et bien rapidement accaparée par son petit bulbe.
Aux bords du foyer gisaient les restes d'un festin nuptial. Quelques côtes dont disposait naguère un renard, et un entrelacs de pièces à conviction du même forfait -comprenez métacarpe, incisives, et autres- ornaient le tout en une composition abstraite des plus scabreuses, pour ne pas dire sordide. Le crâne, quant à lui, reposait six pieds sous terre, la chair en décomposition rongée par les limaces.


    -J'ai envie d'pisser, M'sire.
    -*gelbe Flüssigkeit* alors. *
    -Z'êtes en-d'ssous d'moi M'sire.
    -Et tu veux animer l'engin quand j'suis sous toi Œsophage?
    -J'pas l'vice italien M'sire.
    -Plait-il?
    -Non pas, M'sire.
    -Alors ferme-la cette fois.
    -Vot' serviteur, M'sire.
    -Œsophage?

Silence convaincant, le Vicomte s'en retourne à ses rêves.

A quelques pas de là stationnaient deux équidés, broutant herbes folles.
Folles herbes, aussi, que ces deux rustres en les méandres bourbonnaises...


*[= Uriner en argot prononcé n'est pas prononçable sur le forum, je viens de l'apprendre. Smile ]
Themisladouce a écrit:
[Forêt de Mauriac, terres de sa grâce Themis]


Eude et Bartolomé n'étaient pas des frères. Pourtant, de leur mètre 85 tous les deux, leur chevelure identique, leur musculature pareillement développée, on aurait pu croire qu'ils étaient nés de la même mère.
Ils arpentaient les terres de la Duchesse depuis des années, sur leurs canassons qui fatiguaient de soulever le poids conséquent des deux garde-chasses.
Leur fidélité envers la duchesse de Mauriac était sans faille. Mariés tous les deux à des servantes du château, Eude et Bartolomé n'étaient que rarement sortis de Mauriac qu'ils connaissaient par contre comme leur poche.

Ainsi, quand de loin ils aperçurent une fumée blanche dans une clairière, ils se pressèrent. Arrivés en lisère de la clairière, ils laissèrent leurs chevaux et, dans un silence assourdissant, s'approchèrent de deux silouhettes endormies. Eloignant les épées et bâtons de leur portée, Eudes envoya un grand coup de pied dans le ventre du plus pansu pendant que Bartolomé releva d'une main le plus gringalé et le plus mal habillé.



Vous êtes sur des terres privées ! La chasse, ici, est interdite !
Où vous croyez vous? Nondidiou ?!!!!
, aboya Eudes à l'homme qu'il avait laissé au sol, le menaçant de sa dague offerte par la Duchesse pour ses trente printemps.
Finam a écrit:
[Sylve évanescente, quelque part en Bourbonnais.]

Rêves et chimère.
Le Vicomte assiste contre son gré à un passé lointain, à un passé révolu, mais gravé en son cœur, oui, une contusion inaltérée...

Un jeune homme se tenait là, seul. Enfin presque. Deux canassons et son frère n'étaient guère éloignés. Deux canassons qui ne leur appartenaient point, et ce frère: ô combien irréfléchi. Les sacoches du valet -ancien possesseur des bêtes- contenaient un morceau de fromage bien dur, un reste de vin en sa gourde, une pierre à feu, du petit bois, et quelques écus -à moins que ce ne soient des graines destinées aux équidés. Cladius et lui mangèrent le fromage et burent le vin à midi, tandis que les chevaux broutaient l'herbe rare et s'abreuvaient à un ruisseau -clair. Son frère ne saignait plus, le sang avait finit par coaguler.
Ils avaient croisé d'autres voyageurs, auxquels, sur l'ordre de l'aîné, ils n'adressèrent pas la parole.
Au premier regard, ils formaient un binôme intrépide et à l'allure pour le moins redoutable. Malgré leur âge tendre, Dame Nature avait daigné leur accorder une carrure massive, et ledit "grand corps" haut monté sur son cheval, suffisait à réprimer toute envie malsaine chez les autres protagonistes. Au premier regard seulement.
Mais quelques bribes de paroles révèleraient qu'ils n'étaient que deux gosses abandonnés, errant, donc vulnérables. Mieux valait éviter les risques.
Comme le jour commençait à tomber, ils cherchèrent un endroit où passer la nuit. Ils trouvèrent une clairière à quelques cinquante pas de la Grand'Route. Ils firent un feu, donnèrent à manger aux chevaux. L'aîné resta là, assis, méditant, tandis que le plus jeune s'en était allé à la chasse aux brindilles.
Une voix grave se fit entendre aux oreilles du premier, ce qui le fit bondir:
    "Qui êtes vous, jeune homme?"

Le premier coup partit, dans les côtes.
    "Où vous croyez vous?"

Cette sentence résonna longuement en sa frêle caboche. Longtemps, longtemps. Elle fut la dernière chose qui lui vint à l'esprit, tout du moins dont il se rappela.

La scène s'était assombrit soudainement, jusqu'à ce que la pénombre engloutisse l'ensemble du décor. Le Vicomte se sentait petit à petit absorbé en son corps d'antan.
Puis le néant. Un cri.

Finam ouvre un œil, puis deux. Deux hommes en armes se tiennent là, debout. Il ne répond pas à l'injonction du plus proche vis-à-vis, pensant ne l'avoir entendue qu'en ses songes.
Ce qui manifestement fait réagir l'homme, qui s'apprête à reprendre la besogne. Un mouvement du bras, et la poignée de Finam se referme sur la cheville.


    -Frappe-moi encore une fois, merdeux, et ton faciès ne sera plus jamais assortit au reste de ton corps...


Il sent alors l'acier mordiller la chair de son visage, le froid de la lame, à la chaleur sans pareille. Le noble angevin relâche sa prise, et cherche du regard son compagnon.
Ce dernier se dépêtre comme faire se peut avec un autre homme. Se dépêtrer se résumant, pour Œsophage, à casser un nez...


    -Bien dormit, mon Œsophage.
    -Vot' serviteur, M'sire...
Themisladouce a écrit:
[Mêmes Terres - Mêmes incrusts]



-Frappe-moi encore une fois, merdeux, et ton faciès ne sera plus jamais assortit au reste de ton corps...

Eudes leva un sourcil.

C'est à moi qu'tu t'adresses gros lard? Tu t'lèves et tu baisses le regard où je te fais goûter de ma lame dans ton ventre bien rebondi.

Tout en parlant, il fait briller son couteau à peine aiguisé, d'un air qu'il tentait de garder le plus menaçant possible quand un son d'os brisé et un cri d'Ours retentirent à sa droite.

ARRRRRGHOUUUUUUUU, pesta Bartolomé, un cri on ne peut plus de douleur notera sans doute le lecteur bien averti.

-Bien dormit, mon Oesophage.
-Vot' serviteur, M'sire...


Alors que Bartolomé ramenait ses deux mains sur son nez d'où n'en finissait plus de couler du sang, le gringalet Oesophage s'échappa de la prise du géant et sautilla sur place, tirant la langue.

Eudes n'avait pas compris de suite tous les tenants et aboutissants de l'action qui se déroulait pourtant bien sous ses propres yeux, mais, l'amitié chevillée au corps, il s'élança devant Bartolomé, pour...pourquoi d'ailleurs tiens? Lui recoller le nez? Ramasser le sang? Enfin, l'instinct de sauvegarde de l'ami en difficulté...on ne se refait pas !
Mais grand Dieu, s'il avait su ce qui l'attendait, il serait resté sur place et garder un oeil sur le Finam...
Finam a écrit:
[Sylve évanescente, quelque part en Bourbonnais.]


"Ce ne sont ni les brigands ni les incendies qui détruisent le monde, mais la haine, l'hostilité, les petites intrigues."

L'homme-lige, Œsophage, se recula d'un bond. Son adversaire direct porta sa main au visage. Déjà le liquide chaud et fumant ruisselait, s'enfonçant par delà les renfoncements de son justaucorps, attiré irrémédiablement vers le sol. Qu'importe les obstacles, qu'importe la manière dont l'énergumène tente d'épancher la chose, il coule.
Le sol, son compagnon s'y retrouve à son tour. Ceux qui "tombent" entraînent souvent dans leur chute ceux qui se portent à leur secours.
Empressé d'aller au secours de son ami, il en oublia jusqu'à l'homme qu'il tenait le laps de temps précédent du bout de sa lame. Un pied malvenu et les jambes se mêlèrent et s'entremêlèrent, ballet mesquin, l'homme s'affalant de tout son long par terre.
Il tenta bien de se relever mais un coup de botte au niveau de la tempe le renvoya à ses turpitudes, sonné.
Il entendit son compagnon hurler, mais ne le vit pas. Il fut conscient d'avoir prit un nouveau coup, mais ne le sentit pas.
Qui étaient-ils? Qui étaient-ils...



"On a beau donner à manger au loup, toujours il regarde du côté de la forêt."

Quelques temps plus tard.
Œsophage aperçut les yeux du captif éclore. Celui-ci se trouvait tout ficelé, bien moins pimpant que trois heures plus tôt, jeté en travers de sa monture de toujours.
Une taloche dans le bas des reins lui souleva un gémissement.


    -T'vois qu'c'pas agréable d'être bousculé au réveil.


Il ne répondit pas. Il ne pouvait pas répondre, la bouche toute ankylosée, un vague goût de sang toujours dans le goulot. Et puis n'en avait pas la volonté.
Du coin de l'œil, il aperçut Bartolomé, poings liés à une corde -une strangulation des poignets serait sans doute un terme plus adéquat- suivant sa monture, cahin-caha. Son état n'était pas non plus reluisant, à cela des cheveux poisseux de sang bariolant étrangement son visage.
Il devait y ressembler... à peu de choses près.
Le groupe se constituait désormais du Vicomte de Gennes dans un premier temps, en tête sur son hongre noir, auquel était arrimé l'animal de Bartolomé par une corde, aussi, le maître relégué au même niveau que sa monture: symbolisme des plus ravissants pour l'angevin. Puis venait Eudes, le bagage, veillé au grain par Œsophage, lui même monté, comme son maître. Enfin, Bartolomé fermait la marche.

Début de conversation entre Finam et son dévoué serviteur:

    -S'réveillé, M'sire.
    -Il peut marcher? Nous arrivons en une ville bientôt.
    -Oui, j'vu, M'sire.
    -Ça j'en ai rien à foutre. Il peut marcher?
    -J'en sais bigrement rien, M'sire. Pas moi qui m'en suit chargé, d'sa caboche...
    -Je ne l'ai point émasculé sur le champs, qu'il s'estime heureux.
    -P'quoi l'émasculer, M'sire? P'notre habitude.
    -"Gros lard"! Non mais...
    -Il peut marcher.
    -Qu'ils ne marchent pas ensemble. Mais qu'ils marchent tous les deux.
    -Vot' serviteur, M'sire.


Chose faite après une courte halte.
Le convoi ne tarda guère à recouvrer la civilisation et la foule, bien que peu dense, dans le coin.
C'est ce qu'ils pensaient en tout cas.

"Ils pensaient" à cette heure là être seuls sur le chemin, mais à mesure qu'ils se rapprochaient, du dit bourg appartenant à la Duchesse des deux coquins, davantage crût le charroi qui s'y faisait, lequel passait l'imagination, tant de "gentilshommes" à cheval que d'innombrables chars chargés de foin, ou de bois, ou de lait, ou de chair fraîche coupée, ou de légumes, ou de tonneaux de vins, ou de paniers plein d'œufs, lesquels affluaient des proches villages pour nourrir la pantagruélique faim de la ville principale du Duché. Duché dont ils ne connaissaient point le nom, n'ayant pas matière à le demander, n'en ayant cure.

Ils rabattirent leur capuchon par dessus leur tête respective, et s'engouffrèrent. On regardait le groupe d'un air soupçonneux, tout du moins fixait-on tour à tour le regard sur les deux gardes forestiers puis sur les hommes en armes, étonnés et avides de potins.
Comme ces bonnes gens menaient un train fort lent, étant tirés par des chevaux de labour ou des mules pour la plupart, d'aucun même par des bœufs, ils les dépassèrent assez rapidement, les deux captifs manquant tour à tour de déraper sur le pavement, se rattrapant de justesse comme faire se pouvait.
Comme Finam arrivait à hauteur d'un des chariots, lequel était découvert, et montrait au milieu de jattes de lait et de paniers d'œufs une accorte laitière, la commère après avoir aperçu l'épaisse bourse pendant à son mantel, s'écria en riant:


    -Beau M'sire, bel œil! Bien m'plaît vot'bourse!
    -Mon homme de main sera bien plus prompt à t'offrir les siennes, l'amie.
    -Pas qu'il m'rebuterait vot'gars, tiens...
    -Pour se rendre au chateau?
    -P'nez par l'ruelle à droite et r'montez l'prochaine allée j'squ'au bout, z'éviterez tout c'remue-ménage incommode.


Une pièce vint clore la dernière phrase, sonnant dur, sonnant argent. Et ils prirent le chemin indiqué, arrivant finalement au devant de deux gardes devant un pont-levis abaissé. Deux gardes s'avisant avec une émerveillable effronterie des individus arrivant à leur hauteur. Finam prît la parole:

    -Holà, soldats! Nous voilà, mon compagnon et moi-même, prisonniers de Sa Grâce, de par l'étonnante assiduité de ces deux-là -pointant au passage les deux gardes forestiers- et désirons gagner le frais de vos geôles au plus tôt. Nous nous contenterons des appartements ducaux, bien évidemment...
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Gypsie

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MessageSujet: Re: Brebis comptées, le loup mange...   Dim 7 Déc - 0:50

Themisladouce a écrit:
[Mauriac - Chambre ducale, devant le miroir]


C'était le début de journée dans le château ducal. Après son bain au lait d'amandes (Oui, une double duchesse ça a du goût et de quoi se payer un bain au lait si ça la chante! Non mais j'te jure, de quoi j'me mêle...), Themis se faisait peigner sa longueur de cheveux noir de jais par sa fameuse servante Colomba, toujours aussi fidèle.

Rompue à cet exercice périlleux (la Douce "dicte" perdait sa douceur lorsque l'on attentait à l'intégrité de sa coiffe, qu'on se le dise..), la servante s'autorisa à murmurer quelques sons musicaux, que dis-je, à fredonner une chanson ! Ceci agaça quelque peu notre Duchesse aux oreilles si fragiles en ce matin, qu'elle leva la main pour faire cesser Colomba. Icelle ne demanda pas son reste, et, en un soupir silencieux, elle reprit son ouvrage, peignant consciencieusement sa maîtresse.

Themis avait le réveil sensible. On ne pouvait déranger la quiétude ducale le matin très tôt. Depuis la mort de son époux, la Douce s'adonnait à des activités silencieuses, écrivant et lisant beaucoup plus qu'avant. C'est un petit livre d'aphorismes que la duchesse consultait à cet instant, profitant du soin de ses cheveux par les mains expertes quand on frappa à la porte.
Interloquée, Themis se retourna vers Colomba qui se rendit à la porte.

Une toute jeune servante, baissant la tête et rougissant, se tenant dans l'ouverture de la porte, un pli sur un plateau d'argent dans ses mains. Colomba apporta le tout à Themis et referma la porte d'un mouvement de pied. Fronçant les sourcils, la duchesse lut et se redressa.



Colomba ! Est-ce une blague? Des prisonniers se présentent au château et demandent à me voir? Mais enfin...ils se sont constitués prisonniers tout seul? Mais sont-ils fous?


Tout en soliloquant, la Duchesse avait fait tomber négligemment au sol la fine nuisette de soie qu'elle portait. Nue, elle se laissa habiller par Colomba, faisant glisser sur la peau de la douce une robe de satin rouge nouée très fortement à la taille.
Un brin de poudre sur les joues et la couronne sur la tête (une coquetterie que Themis s'autorisait quand des étrangers pénétraient au château) et la voilà descendant les escaliers de son pas fier et le port altier.

Deux gardes, barraient de leur lance pointue le passage de deux hommes bien étranges. Du haut de l'escalier, Themis remarqua une silhouette fine d'un homme mal fagoté, et un autre plus distingué, de dos.



Elle attendit d'être devant les gardes, de l'autre côté du paravant de fer constitué des lames des lances, pour adresser la parole aux visiteurs étrangers, parole douce, posée, mais ferme.

Qui êtes-vous et de quel droit êtes-vous venus icelieu? Un silence puis : Chez moi.
Finam a écrit:
[Mauriac.]

"Bouche de miel, cœur de fiel."

L'un des gardes avait fait fi de toute prédisposition à l'égard de ces nouveaux hôtes, mandant la Duchesse par petit bout de papier. Du genre instruits ici, les subalternes, nota Finam. A ses côtés, Œsophage se dandinait sur sa selle, ne trouvant pas la position adéquate aux petites commodités de son arrière-train.
Le hasard fait parfois bien les choses, et le Vicomte ordonna de mettre pied à terre. Les étriers se vidèrent.
L'eau d'une clepsydre eut le temps de s'écouler par trois fois qu'enfin la maitresse des lieux daigna faire son apparition, toute en fastes.

    -Qui êtes-vous et de quel droit êtes-vous venus icelieu?
    [---]
    Chez moi.

La bouche du barbu se fendit d'un sourire jusqu'aux oreilles. Plongeant son bras en sa sombre cape, tout en se retournant, il le ressortit d'un brusque mouvement. Trop peut être, car les deux gardes pointèrent leurs lances en sa direction, et d'autres -ayant beau lieu d'observer la situation de loin avec minutie- accoururent aux côtés de la Duchesse. Au Vicomte de s'esclaffer nonchalamment les bras grand ouverts, quelques os en la main dextre:
    -Holà! Passion qui ne s'élance que pour mieux s'étaler, que la nervosité.
    -On n'peut vrai, M'sire.
    -Ô Œsophage, mon lascif Œsophage, ne suis-je point l'hôte le plus pondéré qu'il soit donné d'avoir?
    -Si fait, M'sire. Pondéré, sagace et vertueux. Charitable, prévenant et...
    -N'en fais pas trop.
    -Vot' serviteur, M'sire.
    -Bon. Qu'a-t-elle dit, mon Œsophage?
    -Qu'vous puez l'médiocrité, l'malhonnêteté, et entr'autres l'purin, M'sire.
    -Plait-il?
    -C'qu'on fout là.
    -Ce pourquoi nous nous tenons là? C'est bien simple, nous sommes humbles captifs de ces deux malotrus derrière nous -ce disant il pointa du doigt les visages à l'amarante couleur- et ce pour avoir calmé notre faim. En sus de quoi nous venons trouver confort et logis, et nourriture gracieusement donnée cette fois, en ses geôles. Comme dit à ses sbires, dis lui que son propre lit me suffirait amplement, mon Œsophage.
    -M'Dame vot' Duchesseté. M'maître v'fait savoir qu'il compte lambiner d'vot' tas d'pierre, manger, boire, et dormir. Ah, et il s'fout d'vot' avis...
    -Sait-elle danser?
    -V'savez chalouper vot'derrière, M'Dame vot' Duchesseté? M'maître s'entiche d'ça...
Themisladouce a écrit:
Les deux hommes semblaient enclins à mascarades.
Non seulement ces marauds dérangeaient la Douce en matinée, mais en plus ils jouaient aux saltimbanques.

A la grande surprise des gardes qui encadraient la duchesse, certains qu'elle les enverraient croupir en gêole derechef, Themis resta silencieuse un instant, le visage sans expression et s'adressa assez bas à un valet qui s'exécuta en l'instant et vint lui porter un petit banc de bois matelassé de coussins rouges. Elle prit le temps de poser ses ducales fesses sur le petit banc, de croiser les jambes ostensiblement, d'arranger sur ses genoux le tissu de soie de sa robe et daigna enfin lever les yeux sur les deux troublions qui avaient fini leur dialogue depuis quelques longues minutes.


Dîtes-moi...Bouffons, d'où vous vient cet accent ridicule? J'ignorais qu'un cirque s'était installé sur mes terres et que des saltimbanques devaient venir m'amuser.

Un des deux semblait jouer le serviteur, Themis ne le regarda presque pas. Le second parlait de façon un peu plus soutenue et la duchesse s'attarda sur son visage. Certains traits ne lui étaient pas complètement inconnus sans que la Douce ne puisse mettre un nom.
Finam a écrit:
[Mauriac.]


"On est si bien, tout nu dans une large chaise."
La maitresse des lieux était restée de marbre, l'atmosphère feutrée semblant à sa convenance. Un temps seulement, car point ne s'en fallut qu'elle défaillisse, nota le Vicomte, puisqu'elle demanda à s'assoir, avant de se retourner à nouveau vers le fantasque binôme.


-"Dîtes-moi...Bouffons, d'où vous vient cet accent ridicule? J'ignorais qu'un cirque s'était installé sur mes terres et que des saltimbanques devaient venir m'amuser."
    -Quelle largesse d'esprit, mon Œsophage!
    -P'sûr, M'sire!
    -Quel humour, quelle verve!
    -P'sûr, M'sire!
    -A fortiori- passant du coq à l'âne, n'a-t-elle donc point une cuisse, sous la main?
    -L'en a deux, M'sire.
    -Comestible, mon coquin.
    -Alors j'plussoie. Z'avez d'la bouffe, m'Dame vot' Duchesseté?
    -Allons, maintenant, mon Œsophage. Trêve de babillages.
    -Vot' serviteur, M'sire.

Et aux deux cabotins de tirer sur leurs montures et d'avancer de quelques mètres en contournant l' "enclos" de la Duchesse, sous les yeux effarés de l'assistance, avides de visiter la demeure et leur gîte- il est à noter ici que les deux gardes forestiers ferment toujours la marche pieds et poings liés, passant bien en vue de leur Duchesse- tout en dénigrant totalement l'injonction de celle-ci. Tout du moins jusqu'à ce qu'un cordon de garde vint leur boucher le passage.
    -Bon, bon, bon. Œsophage?
    -Oui, M'sire?
    -Chaise.
    -Vot' serviteur, M'sire.

Et cette fois à l'homme-lige seul de s'activer, posant main à terres et s'arc-boutant, le dos formant une chaise précaire, mais chaise quand même, accueillant le rêche arrière train du Vicomte. Orientant sa posture en direction de la Duchesse, vive allégorie des hautes sphères du Royaume -mais ne le sachant point, il s'esclaffa:
    -Nous disions?
    -Nous disions que vous nous amusez beaucoup...Vous demanderez à mon valet un écu d'or pour la fin de ce spectacle...
    -Nous allons donc loger, manger, et boire, contre compensation financière?
    -Et nous amuser.
    -C'est aguichant.
    -Vous allez continuer à nous divertir pour un sou, oui. Je ne vous demandais point votre avis.
    -Plait-il?
    -Vous deux maîtrisez l'art des saltimbanques, vous osez me déranger un matin, amusez moi !
    -Ma foi...
    -Oui?
    -Lequel de vos deux sous-fifres doit donc me servir d'assistant?
    -Pardon?
    -J'aime à dépecer un être de tous ses organes pour me les accaparer.
    -Et en user pour somme enfantillage d'une Dame de haute naissance.
    -Cela va de soi...

Finam pointa du doigt les deux serfs tout du long de la conversation. Au bout du compte, la Duchesse harangua ses gardes, d'un haut et intelligible, pour l'occasion, sourire:
    -Libérez ces hommes et donnez leur à manger.
    -Oh!
    -Vous ne m'avez toujours pas dit d'où vous venait ce ridicule accent.
    -Je ne vous permet point de m'emputer de mes jouets.
    -De mes gens.
    -Œsophage?
    -Oui, M'sire?
    -Tue les...

Ce disant, l'angevin s'était levé de son reposoir, et le reitre s'était exécuté promptement, levant une dague à quelques pas du premier captif.
Themisladouce a écrit:
Garde !

La duchesse se lève et fronce les sourcils, un garde armé tente de s'emparer d'Oesophage et de sa dague.

Vous êtes chez moi, je ne tolère plus cette intrusion. Garde, jettez les au cachot en attendant le maréchal.

Elle avait prononcé ces paroles sur un ton dégagé, puis se retourne prête à repartir dans ses appartements
Oesophage se dégage, sort son épée. le vicomte fait de même, en plus d'un surin dans l'autre main, il s'avance en direction de la duchesse visiblement couroucée.

- Voyons, Duchesse, un zeste de retenue pour vos saltimbanques...

Premier garde à terre, Oesophage aussi s'avance.
Sans ciller, la duchesse fait face aux deux hommes, la servante Colomba crie comme une hystérique, les valets s'agitent dans tous les sens, cherchant des dagues et les gardes sortent leurs épées.


Petits messieurs, si vous ne voulez mourir, je vous demande instamment de ranger vos lames.

Les deux continuent d'avancer, plus violemment encore

Un sourire narquois grandit sur les lèvres de Themis: Vous pensez me faire peur?
- Lui ne pense pas. Pour ma part..
Finam n'achève pas sa phrase. Il reste desormais un garde entre lui et la duchesse, tandis qu'Oesophage s'occupe de plusieurs autres hommes. Un cor sonne

D'un coup troublée, la duchesse plisse des yeux en regardant avec insistance le vicomte qui s'approche.

Ces yeux...., pense t'elle Qui êtes vous?!

- Un volatile écumant, ni plus, ni moins.

Finam place le surin sous le cou de la duchesse mais elle ne semble pas vouloir le repousser, attendant réponse plus précise. il s'approche à son oreille et lui souffle, désinvolte:
- Et vous même?

Aucune réaction à la lame sur son cou. S'il avait un tant soit peu de courage il l'aurait déjà tranchée. Elle se contente de lever un sourcil et sourit à la question, répondant avec le plus grand calme :

Je suis la Duchesse de Penthièvre et je n'ai pas l'habitude de ciller. Si vous devez me tuer, tâcher de ne pas me râter, ou vous le regretterez.

-Et depuis quand, une Penthièvre s'entoure.... d'incapables? Il ne la laisse pas continuer et avance en direction du chateau, appelant Oesophage d'un claquement de doigts
-L'on ne reconnait plus ses... partenaires?

De quel droit me parlez vous de la sorte, manant? La duchesse avait élevé la voix.

-Un Vicomte de manant. Plait-il?
Un Vicomte?! Laissez-moi rire...Et le rustre qui vous accompagne, est-il Duc? Elle part d'un petit ricannement narquois.
-Une Penthièvre qui rit à l'allure d'un noble? Ne connaissez vous pas votre généalogie, ses trublions et ses facéties?
Je n'ai que faire de tout ceci. Déclinez votre nom et nous parlerons, ou tuez moi de cette dague dans l'instant, vous m'exaspérez !
- Si prompte à mourir? Le Montmorency est généreux, il vous inviterait bien à votre tablée...

Il la rejète et s'en va vers la tour, prêt à entrer, suivit d'oesophage, bataillant encore.

La Douce éclate de rire.

Un Montmorency, j'aurais du m'en douter. Vous êtes donc le fils de celle qui a tenté en vain de regner en Anjou et en Poitou...
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Gypsie

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MessageSujet: Re: Brebis comptées, le loup mange...   Dim 7 Déc - 0:52

Finam a écrit:
[Mauriac.]


"A merles soûl, cerises amères."
Les cerisiers de Montmorency devaient probablement avoir dépérit depuis de nombreuses semaines, sous les assauts de l'hiver et de ses vents froids, plus loin, au nord.
Cerise à queue courte et à l'acidité sans pareille, s'amusait-on à dire. Les racontars dévoilent toujours la vérité à demi-mot, reste à savoir ici si c'est de la queue courte ou de l'acidité, qu'on eut par le passé mal agencé à la réalité...

Finam, tantôt accolé à une "hôte" toute en arrogance, souffletant de tendres et salaces petits mots joue contre joue, de sa propre bouche à l'oreille de la Duchesse -s'entremêlant ainsi sueur de voyage et autre crasse, à propreté candide et autre parfum-, finit par se dérober et partir en direction de l'antre du Castel, Œsophage à ses côtés. Les pierres se dessinèrent plus nettement, en pierre dure et rondement façonnées, unies non sans un tantinet de prouesse architecturale, merveilleux murs d'un point de vue militaire mais aussi et surtout: flattant la pupille.

Un filet de sang coulait toujours de sa lame, qu'il portait à dextre le poing serré, vestige d'une estafilade à quelque garde de "Sa Duchesseté", l'angevin n'ayant aucunement désiré blesser à mal ces innocents. Il l'essuya alors, au passage, sur le pourpoint d'un serf, stoïque et à la vessie dorénavant vide, le vêtement léchant la lame avec circonspection et l'assurance d'un bon tissu. Le "bras droit" du Vicomte en fit tout autant, mais sur ses propres vêtements.
Le binôme passa l'embrasure d'une porte, un vague cri se fit entendre par delà ses oreilles, auquel il ne prêta guère attention. Au fur et à mesure que les pas se succédèrent en l'enceinte, s'ouvrit alors à sa personne le plus digne apparat, qu'il n'eut pu s'attendre à voir: tentures richement brodées, s'accommodant à merveille à un support mobilier en bois de chêne.
Le tout en une atmosphère feutrée de par l'épaisseur des murs, mais rehaussée par le ballet dansant imposé par les multiples flambeaux, accrochés aux murs.
La Duchesse, entre deux contemplations, les eut rejoint, escortée par de simples intendants, pompeusement accoutrés néanmoins. Finam, à son homme-lige:

    -N'est-ce pas somptueux?
    -Trop propre, M'sire. J'me languis d'mes app'rtements, d'cette odeur si particulière, si av'nante.
    -Et tous ces serfs...
    -Tous bons à fouetter, 'nutiles toutes c'fanfreluches.
    -A fouetter?
    -L'pendaison est plus joviale, j'vous l'ccorde M'sire. Ou la torture..
    -Toi et la torture. Une addiction.
    -Vous qu'm'avez tout enseigné M'ssire. J'peux rien.
    -Ce n'est pas faux.
    -C'yeux qu'vous r'gardent, c'pouvoir...
    -Hypotypose maladive que tu nous fais là mon Œsophage.
    -P'ssible M'ssire. J'sais pas c'que ça veut dire.
    -Duchesse?

Il s'arrêta, et toute la troupe en fit autant. Puis, le sourire allègre en direction de La Douce:
    -J'ai une faim de... loup. Si vous veniez à mes côtés et nous indiquiez le chemin, ne serait-ce point merveilleux?
    -Vous vous égarez, Vicomte.
    -Non point.
    -Ah?
    -Soit vous prenez les devants de vous même, soit je me verrais contraint de vous porter, afin d'atteindre le prochain lieu de villégiature de nos charmants petits estomacs sans gargouillis répétitifs et désagréables.
    -Mes geôles peuvent s'y prêter aisément.
    -C'est si peu convivial, et ce serait "malsain" de vous y inviter. N'oubliez point que vous l'êtes, invitée...
Themisladouce a écrit:
Themis lève les épaules et sourit malicieusement, très amusée par ce noble pantin tout à fait grandiloquent

-Ma foi, je peux encore me déplacer seule, je n'ai pas besoin de votre aide ! Elle marque une pause
Mais j'accèpte néanmoins votre invitation...

-A votre convenance, et pour mon bon plaisir. Que me proposez-vous à déguster?

Un regard amusé de la duchesse, un clin d'oeil, et du tac au tac: -Votre serviteur?
-Une indigestion? Non merci.

Themis lui tend nonchalement le bras

-Le Grand Salon doit être prêt pour le déjeuner, vous partagerez donc ma table? Ou moi la votre...

-Ou vous la mienne.

Il se contente d'enjoindre sa vis-à-vis, en lui saisissant -non sans retenue- ledit bras, à se mouvoir en harmonie sur ses propres pas. Le lien ne se distendant point pour autant

-Bien, allons donc dans votre Salon pour partager votre repas, Messire de Montmorency, cher Vicomte de Gennes....

Les deux nobles traversent quelques couloirs, passent quelques portes et atteignent, dans un silence quasi religieux, le-dit Salon.

-Vos rats se complaisent à tous ces fastes?
-Mes rats? Mais de quoi parlez-vous?
-Vos serfs, quoi donc...

Elle sourit devant l'effronterie du sieur.

-Je vois que vous n'avez pas l'habitude du château ducal...En Anjou, vous mangez sans doute à la même table que vos gens? , prononce t'elle d'un air fausserment dégouté

-L'Anjou n'a de Duché que le titre. Oui, je mange en compagnie de gueux, marauds, et autres bélîtres. Dois-je m'offusquer pour autant, d'attacher crédit à la gaieté de tout un chacun?
-Mais pourquoi m'invitez-vous à votre table, si vous pensez déjà vous ennuyer...?

Sans le laisser répondre elle s'installe à la table

-Parce qu'ils désirent manger avec nous?
-Mais qui donc?
-Vos rats.
-Mes gens mangent entre eux, c'est ainsi dans mon castel. Elle lève la main et un valet sert les deux coupes d'hypocras Mais asseyez vous donc...
-L'éthique aurait voulu que vous vous fussiez assise sur cette même injonction, mais de ma part. Prérogative de l'hôte de tablée...
-Oesophage: - J'ai faim!
-Par terre, mon ami. On t'apportera quelque nourriture...Ou je daignerais t'accorder quelques restes.


-Ne vous formalisez pas. Je ne suis pas femme de règles. Elle se retourne à l'appel du serviteur Par contre, Non, pas par terre. Qu'il aille dans la cuisine.
-Non pas. Je l'invite à se joindre à mon repas, à la place qui lui est dûe.
-Non, pas chez moi. Personne ne mange au sol.
-Vous allez le courroucer.
-Peu m'en chaut. avait-elle dit, sans lever les yeux de sa coupe.
-Plait-il?
-Il m'importe peu de courroucer votre serviteur. Elle prend la coupe et la porte à ses lèvres à nouveau.
-A savoir, seriez-vous courroucée s'il restait?
-Je serai fâchée qu'il reste au sol pour manger, oui.
-Fâchée, c'est intéressant. Tu prendras quoi à boire, mon Oesophage?
-Je serais obligée de quitter cette table donc.

Au serviteur donc: -Oesophage?
-Oui, M'ssire?
-Vas donc t'amuser avec les cuisiniers.
-Vot' serviteur!


Themis lui sourit, posant ses yeux sur le vicomte

Il est quand même plus agréable de manger en cuisines qu'au sol....Et nous serons ainsi plus au calme.
-Au calme. Vos rats?
Elle lève la main et montre la porte, les valets quittent la pièce en silence

-Cela vous convient-il?
-Je n'aime point les couinements, c'est mieux.

La duchesse lève sa coupe devant le Vicomte pour trinquer. A la santé des angevins !
-De l'eau?
Oh non, de l'hypocras mon cher !
-Je ne bois pas d'alcool.

La duchesse Ouvre de grands yeux sincèrement étonnés et boit lentement une première gorgée. Vraiment?
-La peur du viol, sans doute.

La douce manque de s'étouffer avec son alcool et rit.

-Plait-il?
-Vous avez raison, faîtes attention à vous...Tenez, dans cette carafe-ci, de l'eau de source.

Il se sert tout seul et présente sa coupe devant la duchesse

-A la santé des angevins, disiez-vous...

En guise de réponse, la duchesse lui fait un clin d'oeil.

-Allez-vous me dire ce que vous faîtes sur mes terres?
Finam a écrit:
[Mauriac, en un Salon.]


    -Allez-vous donc me dire, ce que vous faîtes sur mes terres?
    -Nous voyageons. Où bon nous semble, quoi de plus normal.
    -Et comme par hasard, c'est chez moi que vous vous arrêtez pour braconner?
    -Ô Dame Nature, pourquoi donc devrions-nous nous remplir la panse chaque jour de la semaine?
    -Vous ne répondez point, sinon par de nouvelles cocasseries...
    -Ma foi... Plutôt du genre guindée la Duchesse, non?
    -C'est de moi que vous parlez?

Thémis lève un sourcil, ravie d'être considérée ainsi par cet étrange visiteur.
    -Nous sommes seuls, et deux. A vous de voir.
    -La Noblesse me confère certaines dispositions, et je me sens tout à fait en phase avec celles-ci. Il m'est agréable de constater que vous l'aurez bien noté.

Il s'étire.
    -A votre convenance. Pour ma part je considère mes terres comme subsidiaires. La Noblesse, fragile ascendance de quelques privilégiés vaniteux, sur l'ensemble d'une communauté. Je ne vois pas la fierté qu'il y a à en tirer.
    -Nous ne parlons pas de la même Noblesse. Je suis navrée de constater que tous les nobles que vous côtoyez sont tels que vous les décrivez. Il existe certes ce genre de personnes, de petites personnes...Mais ces gens-là ne m'intéressent pas. J'aime mes terres, c'est tout.
    -Je ne côtoie pas la Noblesse.

Elle le regarde, avant de se servir à manger, tout tranquillement et dédaigneuse. Piquée au vif, la Duchesse.
    -Si cela vous déplait, je n'en ai cure.
    -Plait-il?


Il reprend après le cours laps de temps sans bruit ni autre altération en la vaste pièce.
    Et donc, pour cette histoire de nourriture indûment dérobée, à vos bons plaisirs?
    -Servez vous à votre convenance.

Elle lui tend des couverts, sous le regard perplexe de l'angevin, sans répondant manifeste. Voyant la réaction de son vis-à-vis, la Duchesse repose les couverts en le petit plat -en terre cuite- où se situaient les mets. Puis, elle commença à dîner, seule et silencieusement, sous les yeux interloqués du Vicomte, qui n'en démord point pour autant et continue de la fixer. Gêne occasionnelle, agréable moment que lui procure la scène. La Douce, un couteau dans la main, la fourchette dans l'autre, tranche en une viande saignante et tendre au premier regard, d'un coup franc, sans prêter attention aucune, sourcillant, à son "hôte" du jour.
Et au Vicomte d'obtempérer, en demeurant impassible. Vaste échiquier, risible, que nous avons là: chacun ne voulant aucunement céder face à l'autre, et cherchant à le déstabiliser malicieusement.
Sentant effectivement bien que le Vicomte cherche à la décontenancer, la Duchesse n'en démordait point et continuait à manger tranquillement, se rinçant le palais entre deux gorgées, en buvant son hypocras par petites gorgées, se resservant de la salade enfin.
Les doigts du Vicomte martelèrent alors harmonieusement, ou de manière pénible selon les points de vue, ses accoudoirs. Ce qui eut beau jeu de forcer la Duchesse à céder un tantinet, rompant le silence, sans lever le regard pour autant.

    -Vous devriez goûter, c'est succulent.
    -Probablement.

Elle ne put s'empêcher de sourire intérieurement, devant l'obstination effrontée de cet angevin.
    -Tant pis pour vous...
    -Me plaignez-vous?
    -Oh non, je me contente de me restaurer.
    -Gaillardement, ma foi...
    -Quand la Santé va, mon cher...
    -Des hommes en bonne santé, meurent.
    -Tant pis pour eux également, je n'en perds pas pour autant l'appétit.
    -Vorace et égocentrique.

Elle le regarda enfin, sourit, se saisit de sa coupe et sans le lâcher du regard, bût lentement*
    -Cela ne vous déplait pas, apparemment.
    -Votre égocentrisme?
    -Oui.
    -Cela dénote une certaine forme d'intelligence, en cette société. Et la voracité?
    -J'ai faim...
    -J'espère ne pas faire figure de plat suivant, en votre menu.
    -Êtes-vous comestible?
    -L'on m'apparente parfois à une laitue. A savoir si j'en ai le gout...
    -Pourquoi ce sobriquet?
    -Le cœur empreint de douceur et de bonté en mes vertes années, noirceur et aigreur y prenant place sitôt la date de péremption dépassée.
    -Vous n'êtes donc plus de la première fraîcheur...?
    -A vous d'en juger.

La Douce passe le bout de sa langue aux commissures de ses lèvres, pour attraper somme goute d'hypocras qui perlait, et sourit.
    -Serait-ce une invitation?
    -Plait-il?

Elle se reprend.
    -Je vous invitais à goûter les mets de mes cuisiniers.
    -Pour un dessert?
    -Par exemple. Aimez vous le sucré?
    -J'apprécie toute nourriture comestible.

Themis claqua des mains et les portes du salon s'entrouvrirent, laissant entrer un valet précédé d'une table roulante pleine de desserts, plus appétissants les uns que les autres*
    -Du genre vivace, le service.
    -Oui, tout à fait.

Se retournant vers le valet elle le remercia d'un mouvement ample du bras.
    Vicomte, à votre bon plaisir : tartes, fruits, gâteaux, biscuits, chocolats.
    -Vous voulez m'engraisser.
    -Non, c'est au choix.
    -Des fruits, en ce cas. Et non, je ne fais pas attention à ma ligne.
    -Mais servez vous...

Elle se saisit au passage d'une grappe de raisins, croquant en un grain avec gourmandise. Le Montmorency en fit tout autant, dardant toujours du regard sur la Duchesse, perplexe.
    -Et quand repartez vous?
    -Quand bon me semblera. Vous êtes si pressée de me voir partir?
    -Je n'ai pas dit cela.
    -Vous vous faites donc à ma compagnie? Étrange.
    -Mais pourquoi cette question, en doutez vous?
    -Je ne suis pour le moins pas très sociable
    -Pourtant vous m'amusez depuis quelques heures avec une décontraction étonnante.
    -Je vous amuse?
    -Oui! Je vous avais pris pour somme saltimbanque.
    -Et ce n'est pas le cas, donc?
    -Il n'importe que ce soit le cas ou non, vous êtes très drôle.

Une moue désapprobatrice la cueille au visage.
    -J'aurais fait fouetter, en Gennes, pour moins que ça.
    -Voyez-vous cela...
    -Et je n'ose ici. L'on raconte tant de choses sur certains rites, de la noblesse...
    -Raconte-t-on des choses sur ma petite personne?
    -Pas que je sache. Le devrait-on?
    -Pas que je sache.

Elle sourit et lui tire la langue rapidement, en un excès de malice.
    -Vorace, égocentrique et espiègle.
    -Voici donc le tableau que vous dressez de moi?
    -Pour le moment.

Elle sourit, bis répetita.
    -Oui?
    -Non rien, je trouve la situation marrante.
    -Vous êtes tout de même bien plus encline à bavasser, gaiement, que tout à l'heure.
    -J'aime les surprises quand elles apportent le rire. Votre arrivée m'a fait rire et vous avez de la chance, je suis dans un bon jour...

Il se rapproche, grand sourire et les mains ouvertes, paume contre la table:
    -Et si vous ne l'étiez pas, dans un bon jour?
    -Je ne vous conseille pas de me rencontrer ce jour ci.
    -C'est que je n'ai peur de rien.
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Gypsie

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MessageSujet: Re: Brebis comptées, le loup mange...   Dim 7 Déc - 0:55

Themisladouce a écrit:
Pendant un instant Themis se tut. Un long silence entendu par les deux protagonistes puis la Duchesse éclata d'un rire sardonique.

Vous êtes bien trop confiant mon cher ami!
- Un défaut, peut être. A ma convenance tout du moins.

Sans attendre la réponse, il siffle, surprenant Themis qui n'en dit mot. Des bruits de pas très sonores, une porte qui s'ouvre rapidement et Oesophage accourt.


-Bon. J'ai hâte de voir mes locaux.
Plait il? Vos locaux? Vous emmenagez donc icelieu?
-Je n'emmenage pas, je me l'approprie -ce chateau- le temps d'un petit séjour. Quoi de plus naturel?

L'assurance du Vicomte déconcerte la duchesse mais elle n'en montre rien. Au contraire, elle sourit, lui tend le bras et se lève. Ils se regardent, le Vicomte s'exécute, lui prend le bras. Elle, avec entrain :

- Allons visiter donc !

Dans le dédales des couloirs et des étages, les deux avançaient, sans un mot, tout juste un regard vers une tapisserie ou un tableau. Trois étages plus haut, le vicomte rompit enfin le silence :

- C'est austère.
- Vous trouvez? Qu'est ce qui ne vous plait pas?
- La couleur. La couleur et le manque de poussière. C'est peu vivant.
- La poussière comble donc votre castel?
- Comble, comble. C'est un grand mot. Les osselets oui, par contre. C'est que ça donne un caractère vivant, un osselet.

Ils passent encore quelques couloirs et arrivent devant une porte close.

- Mes appartements derrière cette porte. Cette pièce ne vous intéresse sans doute pas...
- Si c'est la meilleure chambre à coucher, bien sûr que si.

Instant de silence, puis Themis esquisse un sourire. Une main sur la poignée :

-Le valet, lui, n'entre pas, par contre.
- C'est qu'il pourrait apporter un peu de gaieté, le saligaud.
- Il n'entre pas.Vous choisissez...
- Plait-il?

Elle fait mine de relacher la poignet de la porte. Le jeu continuait...

- Tant pis, nous ne visiterons pas mes appartements.
Pugnace. Vorace, égocentrique, espiègle et pugnace.

Elle se retourne vers lui et le fixe de ses grands yeux noirs.

- Et cela vous déplait?
Ai-je fait montre d'un déplaisir?

En guise de réponse, elle montre le valet d'un mouvement de tête interrogateur.

- Peut-il dormir sur ce "paillasson", tout du moins?
- S'il ne fait pas de bruit, oui...

Elle fait descendre la poignet et entre la première, sans se retourner, dans le froissement de tissus de sa robe.
Finam a écrit:
[Mauriac, Aurore naissante.]


"On apprend à hurler, avec les loups. "
Rêves et chimères, le Vicomte de nouveau en ses vicissitudes de jeunesse.

Son frère et lui s'étaient retrouvés dans le noir, sur le sol, la porte juste refermée derrière eux. Dehors, un bruit étrange. L'on poussait quelque chose, devant l'entrée. Au jeune frère de s'alarmer et de demander de quoi il en retournait. L'aîné se redressa, s'interrogeant sur l'honnêteté de l'inconnu. Il avait dit être garde forestier, mais alors pourquoi les avoir enfermés? Avaient-ils enfreint une loi? Avait-il deviné que ces équidés n'étaient point les leurs? Ou bien était-ce à des fins crapuleuses?

    -Finam, pourquoi il a fait ça?
    -J'en sais rien, putain.

Le ton las, mais empreint d'amertume. Il n'avait plus assez de force pour se mettre en colère. La porte ne bougea pas, tandis que s'y succédaient ses bourrades. L'inconnu avait dû poser un tonneau, ou quelque chose du même acabit, contre le battant.
Il tâta dans la pénombre les murs de la grange, et en devina le bas du toit. Le bâtiment était construit en madriers plantés les uns contre les autres -une construction soignée, soit dit en passant. Peut être était-ce le cachot du garde, où il enfermait les délinquants, avant de les conduire au Prévôt.

    -Impossible de sortir de là, petit frère.
    -J'vois ça.
    -Nous sommes coincés ici jusqu'à ce qu'il nous ouvre.
    -On s'le fait comment, quand il revient?

Cladius vint s'assoir à ses côtés. Au bout d'un moment, ils s'allongèrent dos à dos. Finam était trop meurtris, trop crispé, trop "effrayé" pour s'endormir. Mais il tombait d'épuisement, et sans même s'en rendre compte, tomba dans un sommeil réparateur.
La porte qui s'ouvrit le réveilla, ainsi que la lumière du jour chatoyant la peau de son visage. Il se redressa aussitôt, imité par son petit frère, sur le qui-vive, ne sachant plus où il était ni pourquoi il dormait à même le sol. Puis, tout lui revint en tête et la frayeur l'envahit de nouveau: que voulait ce garde forestier, au juste?
Ce n'était pourtant pas lui, qui entrait. La femme, grognon personnage de visu, apportait un morceau de pain et deux coupes.
Cladius écarquilla les yeux. Sans rien dire, elle leur tendit à chacun une coupe et une moitié de pain. Le jeune Montmorency se rendit compte alors qu'il était affamé. Il trempa le pain dans sa bière et se mit à manger.
Plantée sur le seuil, la femme les regardait faire. Puis elle tendit à Finam ce qui avait l'air d'un bout de toile usé et jauni. Il le déplia: c'était une chemise.

    -Mets ça, mon garçon, et allez-vous en d'ici.

Finam, intrigué par cette bonté arriviste, n'hésita pas à enfiler le vêtement. Elle lui tendit alors des sabots. Trop grands. On ne pouvait tout avoir.
    -Je ne peux pas monter à cheval avec des sabots.
    -Vous n'allez pas monter à cheval.
    -Pourquoi?
    -Il a prit vos bêtes. Pour les vendre, probablement.
    -Pourquoi nous laisser partir, vous?
    -Disons que je souhaite passer une nuit paisible, ce soir. Sans cris quelconques.

Le faciès de Finam vira au blême. Face à ça, la bonne femme répondit d'un air cynique.
    -Il ne me fait pas peur à moi. Allez, filez.

Un geste de compassion, l'index caressa son visage.
Et, au fur et à mesure qu'il avançait, la sensation persista, étrangement. Douce caresse.

Une nouvelle fois tout s'assombrit, le gouffre l'engloutit, et ses paupières s'ouvrirent.

Allongé en position dorsale, le Vicomte fixait le plafond. Un fin tissu, tenant lieu de couverture, l'enveloppait.
Passablement fourbu, un bâillement le prit de court.
Et, tournant la tête, son regard en croisa un autre.
Le silence régnait, paisiblement...
Themisladouce a écrit:
La duchesse était allongée sur le dos, regardant le voilage de son lit à baldaquin se balancer tout doucement par le petit courant d'air provoqué par la fenêtre de la grande chambre entreouverte.

Un homme dans sa couche, pour la nuit, il n'y en avait pas eu depuis Melkio. Etrange sensation que celle qui la pourcourue en ce matin naissant...
Des hommes, après le décès de son époux, elle en avait connus, malgré la jalousie de son dernier, son Semias.
Themis n'était pas née de la dernière pluie et savait très bien ce qu'elle faisait. Elle s'était promis une chose au décès de son époux : plus aucun attachement, ses enfants seuls seraient, pour le reste de sa vie, son seul amour.
Pincement au coeur...

Elle se positionne sur son flanc droit, le corps nu sous un fin drap de soie, une main sous la tête.
Il dort paisiblement.
Son torse poilu se redresse lentement, un léger souffle en accompagnement sonore, respiration paisible.

Son arrogance et sa décontraction l'avaient charmée d'entrée de jeu. Les bras forts de l'angevin...Longtemps qu'elle n'avait pas goûté à une tranquilité semblable.

Doucement il ouvrit les yeux et les pose sur elle. Sourire narquois du Vicomte...



-Je sais. Je suis blême, la pilosité en désordre complet, à mes yeux perlent deux petites choses abjectes, l'haleine fétide. Le mythe est tombé: même le Montmorency ne ressemble à rien au petit matin.
-Faire tomber un mythe, quelle chance ai-je...
-Une chance? dit-il, intrigué.
-Assurément...Sauf si ce privilège est donné à beaucoup de monde.
-Forniquer n'est pas un penchant auquel je m'adonne d'ordinaire, non.

La duchesse toussote, avale lentement sa salive et finit par sourire.

-Avez-vous seulement bien dormi?
-Comme un coq en pâte. Le vicomte ajuste sa position, à présent couché sur le côté, lui faisant face, le bras soutenant la tete.
-Fort bien...

Un peu gênée par la distance visiblement imposée par le vicomte, Themis détourne le regard et remonte un peu davantage le drap.
Finam l'observe posément.

-Themis?
-Oui ? Elle porte alors les yeux sur lui.
-Pourquoi?

Elle relève un sourcil intérrogateur.

-J'ai peur de ne pas vous suivre...

Il se rapproche pour lui souffler à l'oreille:
-Pourquoi moi?

Themis l'observe un instant avant de répondre lentement, posant chacun de ses mots.
-Pourquoi pas vous? Je suis une veuve riche solitaire, et vous êtes venu déranger ma quiétude...
-Je suis tout aussi solitaire, bourru, et instable. Je ne doute pas que vous ayez pu avoir, tantôt, un bon nombre de vautours à vos portes.

Sourire narquois de la duchesse :
-Etes vous un vautour...?
-Je suis une buse.
-Cela n'est pas incompatible avec une manigance de votre part pour vous retrouver céans...Au contraire...
-Je viens de Guyenne, dira-t-on. J'ai quelques hommes en noir s'adonnant à la pendaison au ras de mon postérieur, dira-t-on. La manigance serait splendide.

Le visage de la duchesse s'adoucit à peine, et sans répondre à la question du Vicomte, habituée qu'elle était à maîtriser les conversations :
-Alors pourquoi moi?
-Vous avez de belles mains.
-Certes...Je vous remercie de ce compliment...Elle lève les yeux aux ciel maudissant le vicomte et son air goguenard. La douce reprend finalement, sans le laisser parler :
-Dîtes moi...Toutes les femmes aux belles mains passent donc par votre entrejambe?

Il feint d'ignorer la question. -Vous avez la gorge belle également. Une finesse des traits, alliée une droiture implacable. Un beau sourire... Il fait mourir la dernière syllabe, prend son temps et rajoute : Et...
-Et? Plait-il...?

Il s'abstint de poursuivre et se remet dos au lit, les yeux fixés sur le plafond. La Duchesse fait une moue, piquée dans son orgueil.
Elle se redresse finalement quelque peu et pose une main sur son torse, allant embrasser la joue du vicomte.
A son oreille elle ajoute, en un murmure


-Je suis toute ouïe...
-Pensez vous que s'exprimer oralement, donne plus de poids?

Il lui rabat une mèche tombante et elle sourit.
-Vous apprendrez donc à me connaître cher Finam. Il n'y a guère que mes ennemis que j'ignore, aimant discuter de tout avec les personnes que j'affectionne. Et cette conversation prenant un tour qui me plait...m'intéresse !
Il lui enlève l'appui du bras avec tact, la Duchesse perd son équilibre, tombant sur lui, tête sur son sein, bras l'entourant.
-Vous dites?

Prenant ses aises sur ce torse angevin nu, elle entoure une mèche de cheveux entre ses doigts et sourit
-Messire vicomte est donc plus d'humeur à montrer qu'à parler?
-J'ai toujours eu tendance à aller au contact, plutot que bavasser. Une fâcheuse habitude.
-Donc il faudra faire des efforts pour parler...également...
Elle ne lui laisse pas le temps de répondre et, plus bas :
-Enfin...s'il y a une suite, évidemment... Elle se renfrogne
-A quand le fouet?

Il sourit et cette fois,l'empêchant de rétorquer, l'embrasse goulument.
Prise au dépourvu, elle se laisse entraîner dans ce baiser.

Plus tard dans la matinée, le soleil tapait à la fenêtre de la chambre, la maison se réveillait...les deux amants toujours enlassés...
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Gypsie

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MessageSujet: Re: Brebis comptées, le loup mange...   Dim 7 Déc - 20:39

--Lahire a écrit:
Le voyage depuis Montaigut n'avait pas été des plus agréables, ce fidèle Lahire ayant oublié de faire préparer sa mule, le désormais célébrissime Pâté-en-croûte, il avait donc fallu attendre plus que de raison avant d'enjamber la monture. On annonçait de plus quelques festivités ça et là et il avait fallu prendre chemins détournés et raccourcis douteux, mettant à rude épreuve la poupe du valet.

Pour couronner le tout, il avait fallu que la monture préparée à la va-vite fut mal sellée et qu'après quelques fastidieuses acrobaties dignes des plus grands, on s'arrête pour refaire le tout. Lahire en avait eu pour son argent en se vautrant sur le sol froid et sec et le seul qui ne semblait pas se préoccuper de la suite des évènements était Pâté-en-crôute, mule fidèle et têtue mais ayant dépassé de loin la date limite d'utilisation optimale.

Ainsi donc le valet du jeune Balsac, et quelques kilos de bagages accompagnés, préparés pour l'arrivée prochaine du fiston en les murs de Mauriac, arrivèrent après un voyage fort éprouvant.

La grosse Mathilde, toujours fidèle à elle même, avait tenté quelque boutade à l'arrivée du cortège, mais accueillie avec une "mine des grands jours du valet du jeune péteux", selon les termes qu'elle s'était bien gardée de divulguer sur le moment, elle avait préféré s'en retourner s'occuper des affaires dans les cuisines, se souciant néanmoins de l'état de santé du valet pour les années à venir.

Le valet de Montaigut, non content d'être enfin arrivé, fit mander quelques serviteurs penauds encore assez bêtes pour ne pas filer à l'arrivée de toute monture aux armes de la terre de Combraille. Des plus jeunes sans doute, car les "anciens" avaient pris la fâcheuse habitude de s'enfuir dans on ne sait quel recoin du château.

Arrivé dans les appartements "Gomoz de Penthièvre", chambre habituellement réservée au séjour du jeune maître, il entreprit de faire un brin de toilette, avant d'aller prévenir la maîtresse de maison de l'arrivée imminente de son fils.

Cependant, quelque chose clochait...

Maintenant qu'il y pensait, rangeant quelque tenue composée de tissus hors de prix pour la quasi totalité du peuple du Royaume destinée au jeune Balsac, il ne l'avait pas aperçue en arrivant dans la cour, dissimulée derrière quelque rideau mais ne manquant pas une seconde de ce qui se passait en contrebas. Il ne l'avait pas plus croisée dans le hall, et personne encore n'était venu s'enquérir de l'arrivée du valet surchargé.


Encore alitée à cette heure-ci, ce n'est guère coutumier... Sa Grâce est pourtant bien plus matinale que son fils...

Regard vers l'extérieur puis il part à travers les couloirs de Mauriac.

Quelque chose ne tourne pas rond...

Rapide quart de tour sur la droite dans le couloir donnant sur les appartements. Au loin une masse informe semble déposée devant la porte. Serait-ce un porc ? En tout cas l'odeur y est, un supplice pour de si délicates narines.

Arrivé là, le valet tente un coup de pied. La masse ronchonne et la le valet déplace l'immondice lui barrant le passage en le traînant de quelques mètres sur le sol, sans pour autant que le sommeil n'en soit perturbé.


Par Aristote, je savais le personnel de maison difficile à recruter dans la région, mais tout de même, Sa Grâce devrait faire des efforts...

Le corps à peine déplacé, le valet entrouvrit la porte des appartements. Là, non loin, la Duchesse semblait émerger d'un sommeil réparateur. Cependant, l'oeil avisé du Lahire notèrent un amas de vêtements jetés pêle-mêle au bas du lit. Et lorsque qu'un pied bien trop poilu pour appartenir à la Duchesse poussa le voilage du baldaquin, le valet compris. Voulant refermer discrètement la porte, il croisa néanmoins le regard de la Dame.
Themisladouce a écrit:
La tête du vicomte dans ses cheveux, une main angevine entourant le corps nu de la Duchesse recroquevillée contre lui, les deux amants goutaient une reposante sieste cloturant le plaisir charnel qu'ils avaient partagé.

Du bruit dehors. De la cour, ou devant la porte? La Duchesse ouvrit lentement les yeux et bougea quelque peu la tête mais ne s'interrogea pas davantage. Sans doute parlait-on dans son rêve....

Mais voici que le bruit s'intensifia. Sans conteste on s'impatientait devant la porte et on parlait !

Un regard vers son amant qui dormait toujours du sommeil du juste, un sourire quant aux souvenirs passionnés de leurs ébats...Ahem...Elle finit par se redresser et mit, non sans difficulté, un, puis deux pieds à terre dans pour autant relever son ducal fessier.

Lentement elle écarta les voilages du baldaquins.
"Ils peuvent bien attendre un peu, mais qui est le maître des lieux bon sang?" pensa t'elle.

Une fois (des)habillée de son peignoir de satin bleu nuit, ses longs cheveux réajustés, tombant à présent parfaitement sur ses épaules et le long de son dos, la Duchesse allait enfin consentir à se lever et se diriger vers la porte quand cette dernière s'entrebailla.
Le temps semblait s'être arrêté.

Le valet de Montaigut. Le pédant mais néanmoins fidèle Lahire, serviteur de son jeune fils Sémias...!

A terre : horreur! Les habits du vicomte jonchaient le sol, présence non dissimulable d'un étranger de sexe masculin dans le lit ducal.

Les joues rouge vif, elle sonda le regard du valet de sa douce progéniture, fils avec qui elle avait toujours entretenu des rapports très...ambigus...
Finam a écrit:
[Mauriac, Aurore naissante.]


"Les objets ont perdu leurs angles et le sommeil a déraidit leurs poses. Ils se tassent paresseusement."

Une portion d'orteil dépasse négligemment du drap, s'offrant au froid matinal des appartements de la Duchesse.
Un claquement de porte.
Le doigt de pied s'affole, se met en branle, et dès lors, secoué d'un mouvement impulsif, se rabat machinalement sur la plante du même pied.
Quelques secondes s'écoulent, et une chaleureuse compagnie se profile à l'horizon. Chaleureuse, c'est grand mot. Ceux-là -les orteils entrés en scène- viennent tout juste d'affronter l'atmosphère glaciale des lieux, ayant fait tout un bout de chemin jusqu'à la porte de cette pièce, marchant alors sur les dalles de pierre, frigorifiques.
Et à ces nouveaux venus d'aller se frotter gaiement contre les premiers, dans l'espoir d'y trouver une chaleur bien agréable. La chose ayant pour unique résultat l'obtention d'un gémissement faussement plaintif, doublé d'un claquement de lèvres incontrôlé sur l'heureuse barbe du concerné.

L'angevin s'étire de long en large, puis caresse -du dos de son index- la joue de sa camarade de chambrée d'un soir.
Les yeux encore vides de toute expression, le ton grivois qu'il prend y suffit amplement.


    -Il va me falloir y aller, Duchesse...
Themisladouce a écrit:
Etrange journée, étrange nuit. La quiétude rassurante de Mauriac avait été dérangée par la tornade angevine. Bourasque arrogante, air frais revigorant, Themis inspira profondément et un sourire pointa sur ses lèvres.

Puisqu'il faut partir...

Elle se retorne vers lui : Le faut-il vraiment?

La fin de sa phrase mourut. Quel enfantillage, se corrige t'elle de suite.

Bien, ne tardez-pas alors et ramassez le paillasson qui doit trainer près de la porte.

Sans mot dire, sans un regard pour sa partenaire de nuit, le vicomte se lève et enfile, sans se presser pour autant, ses braies et sa chemise éparpillées au sol, témoins d'une soirée...pour le moins agitée...

A sa suite, la duchesse réajuste son (dés)habillé de soie, resserant la ceinture autour de sa taille et se lève, se dirige vers la coiffeuse et commence à déméler lentement ses longs cheveux noir de jais, sans un regard vers lui, les joues néanmoins toujours bien rouges.

Finam ouvre la porte en grand et envoie un coup de pied dans le fondement d'Oesophage son serviteur pour le sortir de sa torpeur.
Themis lança un regard quelque peu compatissant au pauvre hère et soupire.


- Vous n'avez que peu de coeur pour ce miséreux...
Il lève la tête en sa direction, ne l'apercevant que peu en l'embrasure de la porte.
Il peut s'estimer heureux l'saligaud.
Elle s'avance devant lui lentement, une main sur le battant de la porte, elle lui fait face à présent.
- Heureux de vous connaître?
De vivre, je dirais. J'aurais dû le pendre, fut une époque...
Vous encombre t'il donc?
Encombrant, c'est un maitre mot. C'est une tare ce soiffard, mais je l'apprécie suffisament pour le laisser faire à sa guise.
Un maître qui apprécie son valet, c'est touchant...

Elle s'approche encore de lui, ses lèvres proches des siennes à présent. Elle lui murmure :
Votre présence fut agréable, vicomte...
J'aurais tendance à ne pas argumenter ces dires.
Et pour quelle raison?
Ses lèvres se rapprochent encore et embrassent la commissure des lèvres du vicomte qui sembait impassible jusqu'à présent.
Finam se laisse faire, goûtant son plaisir sans esquisser pour autant un sourire.


Parce que pour l'heure, le temps m'est compté, et l'on pourrait palabrer un bon moment si l'envie nous en prenait.

Les lèvres de la douce, comme une caresse sur sa joue, survolent la peau du visage angevin, et s'immobilisent tout près de son oreille, et, en un chuchotement : Reviendrez-vous?
Probablement.

Malgré le ton de voix peu engageant, la duchesse sourit, sûre qu'ils se reverraient quoi qu'il advienne.
Elle embrasse finalement sa joue doucement.

Faites donc bon voyage...




RIDEAU
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