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 [conte] Une guerre de Troie médiévale

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Jojolasage
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MessageSujet: [conte] Une guerre de Troie médiévale   Lun 19 Juin - 0:28

Une guerre de Troie à la sauce médiévale
Ecrit par Dame Lussye, habitante de Thiers
Juin 1454




Il était une fois dans le Bourbonnais-Auvergne, une grande fête dont le faste et le luxe firent toujours rêver les troubadours. Les réjouissances se passèrent à Clermont, avec des tournois et des défis toute le journée. Le soir venu, lorsque toute la noblesse Auvergnate se fut attablée, Blanche de Clermont, à l'origine des fêtes, frappa trois coups de son couteau sur son verre et se leva. Les gens se turent et écoutèrent cette grande dame parler. A cinquante ans passés, elle était considérée comme une vieille femme, et les rides qui déformaient son visage ne faisaient qu'aggraver cette impression. Mais elle a su se faire respecter et la plupart la craigne. C'est donc avec respect et attention que l'on
écoute la voix sévère et sèche de Dame Blanche. Après avoir adressé à tous les politesses qui s'imposaient dans ce genre de banquet, elle toussota et dit :


- Après tous ces tournois qui ont fait de nos hommes des héros, je pense qu’il serait très juste et divertissant de rendre hommage aux dames.

Elle enleva un anneau doré de son doigt, fit mine de chercher quelqu’un dans la foule puis désigna un bel homme de sa table :

-Jeune homme, prenez donc cet anneau d’or. Ce que je vais vous demander là est très important, mais très simple, vous allez voir. Approchez approchez, n’ayez point peur d’une vieille femme comme moi…

Elle lui tendit l’anneau d’or et il le saisit timidement, n’osant parler à si grande et intimidante dame. Dame Blanche se dressa de toute sa hauteur et lui dit, les yeux brillants d’impatience, comme si elle savourait cette instant :

- Venez, jeune homme ! Quel est votre nom déjà ? Ah oui, Aimé…
Elle grogna un méprisant « bâtard de notre bien-aimé roy » et continua :
Eh bien, Aimé, je veux juste que vous fassiez un choix, rien de bien compliqué.

Dame Blanche désigna trois magnifiques femmes à côté d’elle.
Voici sans conteste les plus belles femmes d’Auvergne : Marie d’Aurillac à ma droite ; Jeanne de Polignac à ma gauche ; Marguerite de Thiers en face de moi. Votre anneau, je veux que vous le donniez à la plus belle.
Sa phrase finie, des murmures, des exclamations et des paris fusèrent de tous côtés. Qui allait être choisie ? Aussi différentes que ravissantes, des trois dames étaient à la fois surprises et enchantées d’être le centre d’intérêt de tous. Toutes trois se jaugeaient déjà avec un rictus de défi. Elles savaient que chacune avait une chance d’être choisie et espérait remporter ce ridicule concours. Concours pas si ridicule que cela, la vieille Clermont était rusée comme un renard et n’avait pas proposé ce défi par hasard. Elle savait parfaitement que ce prix de beauté allait déclencher des troubles et des conflits à cause de la fierté de ces orgueilleuses et nobles dames.


Sieur Aimé est bien ennuyé : en désigner une, c’est s’attirer le courroux des deux autres. Même en étant fils de roy, il ne faisait guère le poids face à des dames aussi influentes et importantes. En voyant son indécision, dame Blanche propose alors aux candidates de promettre une récompense en échange de l’anneau d’or. Marie d’Aurillac se lève la première, souriante et sûre d’elle. Elle lève son visage rond et avenant vers Aimé et dit :

- Sieur, si vous me faites le plaisir et la joie de me choisir moi, je vous donnerai des terres fertiles du domaine d’Aurillac et en prime une abbaye. Mais pas n’importe laquelle. Celle-ci possède une bibliothèque prisée de tous les savants du royaume par sa richesse en manuscrits et livres anciens. Si vous me choisissez, je ferai de vous l’homme le plus cultivé de France.

Elle se rassied avec un sourire de contentement aux lèvres et fixa Jeanne de Polignac qui se lève à son tour. Cette dernière avait moins de charisme et essayait d’adoucir sa voix sèche en toussotant. Contrairement à Marie, elle était grande et maigre mais sa beauté froide séduisait les hommes et captivait le public. Ses cheveux ébène tirés vers l’arrière mettaient en valeur ses traits fins et délicats.

- Vous n’ignorez pas qu’en étant une femme issue de la haute noblesse, je possède grande influence su votre toussote père, notre bien-aimé roy, dont je suis une lointaine cousine. Le même sang coule donc dans nos veines. Si vous me choisissez, je vous donnerai une haute fonction : je vous ferai connétable.

Très solennelle, elle se rassit et continua de regarder sieur Aimé dans les yeux. Lui n’en revenait pas : depuis sa plus tendre enfance il avait espéré se faire une place au côté de son roy de père et là l’occasion se présentait sans qu’il n’ait rien demandé. Il déglutit difficilement et vit la Thiernoise Marguerite se lever et lui sourire d’un air charmeur. D’un geste furtif elle recoiffa sa magnifique chevelure de leu qui cascadait sur ses épaules découvertes par une somptueuse robe à la limite de la décence. Elle prit la parole d’une voix grave et profonde.

- La récompense que je vous promets va peut-être vous sembler bien dérisoire ou futile.

Elle plissa ses yeux noisettes et continua.

- Moi, je vous offre l’amour : je vous offre la main de ma fille, Anne de Boubon.

Elle fit un signe à la jeune fille à côté d’elle et celle-ci se leva lentement puis se tourna vers Aimé. Le jeune homme resta bouche bée devant cette jeune fille à peine sortie de l’enfance : d’un regard il tomba fou amoureux de ces yeux bleus délavés, de son corps mince et de son ravissant visage. La jeune Anne le regardait, le visage pâle et mélancolique. Devant tant de tristesse, il se fit violence pour ne pas la prendre par la main et l’emmener loin de ce stupide banquet. Il crut percevoir un changement d’attitude chez elle, de l’espoir dans ses yeux mais il n’était pas sûr. Envolés, ses rêves de grandeurs, de devenir un grand personnage cultivé et respecté. Cette promesse d’amour était tout ce qu’il désirait soudainement. Son choix tout réfléchi, il tendit son anneau d’or vers Marguerite de Thiers qui laissa éclater sa joie. Les deux perdantes étaient furieuses et quittèrent la salle la tête basse, déshonorées et honteuses, accompagnées de toute leur suite. Aimé était aux anges : prenant sa belle par la main, il l’entraîne loin de la foule et ils passèrent la soirée ensemble.

La ruse de dame Blanche opérait : la jolie Anne de Bourbon et le bel Aimé tombaient sous le charme l’un de l’autre ; la séduisante Marguerite de Thiers était honorée par sa victoire ; Marie d’Aurillac et Jeanne de Polignac étaient couvertes de honte et rageuses.


Bien sûr, les conséquences du prix de beauté furent désastreuses. Anne de Bourbon était déjà fiancée à Louis de Bourbon, homme puissant et jaloux. Il n’avait forcément pas supporté de voir Aimé lui ravir sa jeune fiancée. Mais au lieu de se quitter, Aimée et Anne se réfugièrent au château de Thiers, sous la protection de Marguerite de Thiers, la mère de cette dernière. C’est alors que Louis trouve deux alliées de choix pour récupérer sa promise : Marie d’Aurillac et Jeanne de Polignac, heureuses de se venger et de laver leur affront fait par la Thiernoise et le bâtard du roy. Louis rassembla ses troupes et attaqua le château fortifié. L’offensive fut un désastre et le château semblait le narguer, il devint rapidement la risée de l’Auvergne en échouant à faire tomber si petit château. Les soldats d’Aurillac et de Polignac arrivèrent alors et commença le siège de Thiers. Petit à petit les ressources s’amenuisèrent et les Thiernois devinrent bien moins enthousiastes. Au bout de dix mois, Thiers finit par tomber et avec elle ses protégés.

Triomphant, Louis de Bourbon entra dans le château Thiernois et rechercha activement sa fiancée, son amant et sa farouche ennemie. Il finit par les trouver, déguisés en paysans et essayant de s’enfuir. Immédiatement, il intenta un procès à Marguerite et l’accusa à tort et à travers de sorcellerie. Comme les juges étaient corrompus et dévoués corps et âmes à Bourbon, la sentence fut vite prononcée. Marguerite démentit jusqu’au bout mais rien n’y fit. Elle fut brûlée sur un bûcher comme une vulgaire sorcière sur la place du Pirou, la place principale de Thiers. Etaient présents Louis de Bourbon et les vieilles rivales de la pauvre condamnée, Marie et Jeanne. Et comme Louis avait bien besoin de se détendre après tant de semaines d’attente et de lutte, il fit pendre Aimé sur la même place. Il avait exigé la présence d’Anne aux deux exécutions et se délectait le chagrin immense et la douleur intense qu’il lui infligeait.

Aussitôt après il annonça son mariage à toute l’Auvergne dans l’église Saint-Genès de Thiers. Anéantie et au comble du désespoir, la malheureuse Anne maudit publiquement son futur époux et se jeta dans la rivière. On ne retrouva jamais son corps. Quant à Louis de Bourbon, il n’eut jamais de descendance et mourut dans un asile avec –pure coïncidence- Marie d’Aurillac et Jeanne de Polignac. Dans cette hécatombe, Blanche de Clermont fut la seule à trouver un intérêt : elle réussit à faire chevaliers ses trois incapables de fils, la petite guerre qu’elle avait déclenchée ayant facilité les choses.


La légende dit que près de la Durolle, les soirs d’été, on entend parfois les chants déchirants d’Anne l’infortunée qui pleure sa mère et son tendre aimé…

C’est ainsi que pour l’honneur, l’orgueil et la noblesse, des milliers d’hommes sont morts, une noble femme fut exécutée à cause d’un anneau en métal, et deux âmes pures et innocentes ont été arrachées de forces et détruites…

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